Bonne nuit!

Bonne nuit!

Bonne nuit ? Tu parles ! Quand on dort dans une chambre où vivent un loup mangeur id’enfants, un crabe à pinces géantes et une armée d’araignées sanguinaires, pas facile de s’endormir sereinement. Me ez-vous un peu à sa place ! Chez les petits mais aussi chez les grands, les nuits sont ponctuées de rêves plus ou moins agités, plus ou moins e rayants et plus ou moins traumatisants… Bienvenue dans le joli monde de notre imagination nocturne débordante, qui nous transporte dans un voyage dont on aurait bien aimé connaître la destination avant ! Mais au fait, pourquoi faisons-nous des rêves ? Les enfants rêvent-ils plus que nous ? Pourquoi ont-ils peur ? De quoi les bébés rêvent-ils ? Que faire pour accompagner les nuits agitées des enfants ?

Au dodo !

Sur une nuit de 8 heures chez l’adulte et de 10 à 15 heures chez l’enfant, il s’en passe des cho- ses dans le cerveau ! Des rêves, des cauchemars, des sursauts… le sommeil est un processus plus complexe qu’il n’y parait. Il se compose de cinq étapes : l’endormissement (somnolence puis assoupissement), le sommeil léger (sensibilité au bruit), le sommeil lent profond (activité cérébrale ralentie), le sommeil (corps endormi) et le sommeil paradoxal. Ce dernier occupe 25 % du repos, et c’est principalement au cours de ce e période que surviennent les rêves et les cauchemars.

Ronpiche

Nous faisons plusieurs rêves par nuit, mais on ne se souvient que de celui qui a précédé notre réveil. Le rêve permet d’évacuer les pressions que nous subissons la journée : con its, interdits, frustrations, etc. Le cerveau pose à plat des émotions, cherche des solutions aux tensions de la journée. C’est un facteur d’équilibre fondamental pour les enfants comme pour les adultes ! Toutefois, il ne faut pas confondre les cauchemars et les terreurs nocturnes : ces dernières sur- viennent dans les trois premières heures de la nuit, lors de la phase de sommeil profond. Elles durent entre 2 minutes et 1 ⁄ 2 heure, dès l’âge de 9 mois. L’ienfant hurle, transpire, son cœur bat très vite, son regard est vague, il a du mal à respirer et, malgré ses yeux grands ouverts, il ne reconnaît pas ses parents. C’est normal, il dort. Aussi impressionnante que soit la crise, elle est banale et sans gravité. N’intervenez pas ! Assurez-vous que votre enfant est en sécurité dans son lit, asseyez-vous près de lui et a endez que la crise passe. Vous pouvez poser une main sur son front ou sur son bras, en lui parlant tout doucement et lentement. Il se calmera tout seul…

Bouh !

Statistiquement, les enfants font plus de cauchemars que les adultes. La cause ? Eveillé, un bébé reçoit en permanence des images nouvelles, des impressions sensorielles intenses et lorsqu’il dort, son cerveau structure toutes ces informations. Les rêves des bébés sont très souvent liés à des angoisses naturelles comme la peur de l’abandon, refoulée pendant la journée puis retranscrite pendant la nuit. Jusqu’à 5 ans, l’enfant fait souvent des rêves de fantômes, de dragons, de poursuites de voleurs qu’il a vues à la télé ou dans les livres. Il n’est pas encore en âge de me re des mots sur ses frayeurs mais plus le langage se structure plus l’enfant parvient à expliquer ses émotions, à se raisonner et moins il fait de cauchemars. « C’est très compliqué de dire à partir de quel âge un enfant se met à rêver. [….] Il faut qu’il ait la maturité nécessaire pour réaliser que c’est un rêve et qu’il possède le vocabulaire pour le raconter. » explique le chercheur Pierre-Hervé Luppi (spécialiste du sommeil).

Bonne nuit

Le rituel du coucher est très important pour l’aider à se plonger dans une nuit sereine et apaisante. Bien entendu vous ne maîtrisez pas tout, et lui non plus alors ne reme ez pas tout en question au moindre cauchemar ! Avant de le coucher, orientez ses pensées vers des choses qui lui font plaisir : le prochain tour de manège, la future fête avec les copains, le menu de demain soir, etc. Vous pouvez aussi instaurer quelques règles favorisant le bon déroulement du sommeil avec jeux calmes, bain, dîner léger, chansons douces, histoires, câlins, petite veilleuse, etc.

Au bûcher les monstres !

Et lorsque le cauchemar survient ? Comment intervenir et l’aider ? Lorsque votre enfant se réveille il a très peur, et sa réaction peut être impressionnante (larmes, cris, gestes brusques). Il se souvient de son « mauvais rêve » et peut le décrire. Il a parfois peur de se rendormir, hanté par ces images. Jusqu’à 3 ans, c’est de votre présence dont il a besoin car il est persuadé que ses rêves sont réels. Consolez-le, ne lui répétez pas que tout est imaginaire car il ne distingue pas encore rêve et réalité. Confortez-le dans l’idée qu’en racontant ces images, elles disparaissent peu à peu, mettez une petite lumière dans la chambre, un verre d’eau, un petit vaporisateur d’eau « magique » qui éloigne les monstres, etc. Limitez au maximum la permission de se réfugier dans votre lit, cela risque de conforter sa peur… et de lui faire prendre de mauvaises habitudes !

Dès 4-5 ans, il est capable de comprendre que le monde du rêve et celui de la réalité sont dif- férents. Que les monstres n’existent pas et qu’ils ne campent pas sous son lit. Demandez-lui de qui, de quoi il a eu peur, pourquoi il a du chagrin. S’il a du mal à s’exprimer, proposez-lui de dessiner les méchants, a n qu’il se rende compte de la di érence entre l’imaginaire et le réel. Encouragez-le à trouver lui-même une solution positive à son rêve, comment il aurait repoussé le méchant, terrassé le monstre etc. Insistez bien sur le fait que ces créatures n’existent pas pour de vrai, que c’est notre imagination qui les invente. Mais lorsqu’il rêve de personnages réels (loups, lions, voleur) la persuasion est moins évidente. Proposez-lui de fermer les yeux et d’im- aginer très fort un chat, racontez une petite histoire de chat dans laquelle il apparait, puis de- mandez-lui d’ouvrir les yeux : le chat n’est pas avec vous, c’est son imagination qui l’a matérialisé. N’encouragez pas non plus l’enfant à s’endormir avec son pistolet ou son épée il risquerait de penser qu’en consentant vous estimez qu’il y a une bonne raison de se défendre pendant la nuit !

Ouf…

N’oubliez pas que même adultes, nous pouvons ressentir des tensions fortes et déstabilisantes dans nos cauchemars et nos rêves… Dites-le lui ! Rappelez-lui que s’il rêve, c’est que son imagination est débordante et que la vôtre aussi puisque vous avez fait un cauchemar pas plus tard que la semaine dernière qui vous a beaucoup a ecté, comme lui. Cela lui évitera de se sentir « bébé » dans la situation. Les rêves et les cauchemars sont le re et des frustrations de la journée. Sans entrer dans une démarche thérapeutique chaque soir, veillez plutôt à accueillir di éremment votre enfant au petit déjeuner après un vilaine nuit : encouragez-le à raconter son rêve s’il s’en souvient, à lui demander comment il a fait pour se re- dormir, si votre présence l’a aidé et pourquoi. Prendre conscience de ses pensées c’est grandir… Vous pouvez aussi fabriquer ensemble un a rape-rêve, à installer dans la chambre ou dans la maison pour protéger tous les membres de la famille ! Mais a ention, l’a rape-rêve ne protège pas des méchants, il protège de l’imagination débordante !

Dossier Petit Pas#28, publié en février 2017
Crédit photo: Laure Fauvel