Trop de cadeaux à Noël?

Trop de cadeaux à Noël?

Toujours plus gros, toujours plus chers, toujours plus nombreux. Chaque année, c’est le même rituel : nous surchargeons nos enfants de présents. Analyse de ce comportement et de ses conséquences en six questions.

 

À lire avant de remplir la hotte du père Noël

L’enfant d’aujourd’hui n’a même plus le temps de rêver : il perçoit ses cadeaux comme un dû et nous, ses parents ne faisons généralement rien pour le détromper. Game Boy dernier modèle, jeux vidéo à la pelle, peluches, poupées, dînettes… Nous ne reculons devant aucun sacrifice pour le combler. Nous dépensons en moyenne 190 € pour chacun de nos chers petits tous les ans à Noël. Cette tendance à la surenchère est apparue dans les années 60, avec l’avènement de la société de consommation et, dans la foulée, de l’enfant roi. Depuis, elle n’a fait que croître. Rendons-nous vraiment service à nos enfants, quand nous transformons leurs chambres en magasin de jouets ? Le point en six questions avec Didier Pieux et Anne Gatecel, psychologues, Stéphane Clerget, pédopsychiatre, et Danièle Dalloz, psychanalyste.

 

Pourquoi gâtons-nous autant nos enfants à Noël ?

Sollicitations visuelles, surabondance de l’offre ou discours dominant qui assimile « plaisir » à « dépense » et « se sentir exister » à « avoir » … Socialement, tout est là pour nous persuader que le bonheur de nos enfants réside dans l’abondance de biens de consommation, et qu’être de bons parents, c’est participer à ce mouvement. Par les temps qui courent, « frustration », « manque » sont des mots qui font peur. Certains d’entre nous, confondant « besoin vital » et « envie passagère », craignent de démériter et de léser gravement leur enfant, s’il s’aperçoit que son cousin ou son meilleur copain a été plus gâter que lui. L’achat de présents en surnombre peut aussi être une tentative maladroite pour se racheter, pour se déculpabiliser d’être si peut présent, trop investi dans la vie professionnelle ou les problèmes quotidiens : « Tu vois, je pense bien à toi, puisque je t’offre tous nos jouets » Enfin, Noel est pour chacun l’occasion de se replonger dans sa propre enfance. Plus on a été privé, plus on souhaite combler son enfant. En revanche, quand on a soi-même croulé sous les jouets, on sait que le bonheur n’est pas dans la surabondance. Toutefois, il n’est pas rare que, parmi les présents destinés à l’enfant certains ne soient que le reflet de nos propres envies : la Game Boy avec laquelle je compte bien m’amuser, la merveilleuse poupée dont je rêve depuis toujours… On constate d’ailleurs que bon nombre de cadeaux ne sont pas adaptés à l’âge de l’enfant et ne tiennent pas réellement compte de ses goûts. Finalement, ce sont les parents qui s’amusent avec, tandis que le petit, lui, se réjouit de ces beaux joujoux que sont le papier, la boit ou le ruban ayant servi à emballer le précieux.

 

En quoi cette surabondance est-elle nuisible ?

L’enfant peut finir par s’imaginer que cette avalanche de jouets est le signe le plus sûr de l’amour qui lui est porté ou de la valeur qu’on lui accorde. Auquel cas, dans son psychisme, affection, argent, cadeaux vont se confondre. Il risque alors de n’accorder que peu d’intérêt aux imprudents qui osent aller vers lui sans s’être préalablement munis des indispensables joujoux. En outre, obnubilé par la valeur matérielle des présents dont on le comble, il aura du mal à acquérir le sens de la valeur symbolique du don, du geste d’offrir.

 

Les cadeaux de Noël doivent-ils surtout récompenser la bonne conduite ou les résultats scolaires de l’enfant ?

 

Le cadeau de Noel est l’un des rares rituels qu’il nous reste. Aussi ne doit-il pas être soumis à condition ? Il est des situations nettement plus propices que ce jour de fête pour sanctionner les écarts de conduite ou les mauvaises notes de l’enfant, ou le féliciter d’être sage. Que l’on soit croyant ou non, cette tradition est l’occasion de se retrouver en famille, réunis, même s’il s’agit d’une cellule familiale très restreinte. Et, dans ce contexte, il est plus judicieux de profiter de ce moment pour initier l’enfant au plaisir de recevoir et de donner…

 

Les enfants de couples divorcés reçoivent généralement plus de cadeaux que les autres. Ces cadeaux ne sont-ils pas parfois empoisonnés ?

Presque toujours, ils ont deux Noël : un chez papa, un chez maman. Et la garde crainte de ces parents séparés est que ce soit mieux « chez l’autre ». Aussi sont-ils tentés d’en rajoute, moins pour le bien-être de l’enfant que pour leur propre intérêt narcissique.

Le cadeau s’apparente à une demande d’amour adressée à l’enfant. Prisonnier d’une situation où il voit ses parents rivaliser pour s’attirer ses bonnes grâces. Il peut décider d’entrer à son tour dans ce jeu et devenir tyrannique, de plus en plus exigeant et jamais satisfait : « Vous voulez que je vous aime ? Donnez moi tout ce que je veux : »

 

 

 

Bon nombre de cadeaux ne sont pas adaptés à l’âge de l’enfant et ne tiennent pas réellement compte de ses goûts : finalement, ce sont les parents qui s’amusent avec… Ils peuvent être une tentative pour se racheter. Le fait d’offrir des jouets à son enfant revient à dire que l’adulte pense à lui, mais cela est faux. Il ne se préoccupe pas vraiment de son enfant. Si nous nous obstinons à la couvrir de cadeaux, dont il se moque pour la plupart, si nous le laissons penser que tous ces présents sont un dû à avoir, l’enfant ne saura plus comment penser.

A l’inverse, il s’agit de lui laisser le temps d’émettre des souhaits – de poser des désirs sans que ceux-ci soient immédiatement et forcément satisfaits. C’est ainsi qu’il apprend à rêver, à se projeter dans le futur, à différer le moment de la satisfaction, de ses envies et à ne pas trépigner, quand il est frustré. Ce n’est qu’à ce prix qu’il peut renoncer aux fantasmes de toute-puissance qui habitent tous les jeunes enfants, et devenir adulte. Un apprentissage qui s’effectue chaque jour, pas uniquement à l’approche des fêtes de Noel.

 

Comment éviter le gâchis, les cadeaux oubliés sitôt déballés ?

D’abord, en demandant à l’enfant ce qui lui ferait vraiment plaisir et en faisant le tri, si la liste est trop longue. Impossible de se passionner pour dix mille objets simultanément. Si l’on opte pour l’effet de surprise, il s’agit d’être certain de tomber juste. Et, pour atteindre cet objectif, il est essentiel de penser aux centres de l’enfant avant de songer aux nôtres.